Contexte
L'élévation du taux plasmatique d'homocystéine
(hyperhomocystéinémie) constitue un facteur de risque important et fréquent de
l'athérosclérose artérielle (Boushey CJ et al., JAMA 274:1049-1057, 1995)
et de la thrombo-embolie veineuse (Ray JG, Arch Intern Med 158:2101-2106, 1998). Le
risque imputable à l'hyperhomocystéinémie accentue, voire multiplie, celui d'autres
facteurs de risque, notamment le tabagisme, l'hypertension, le diabète, les
dyslipidémies (pour les atteintes artérielles) et la présence du facteur V Leiden (pour
la thrombo-embolie veineuse). Même une faible élévation du taux plasmatique
d'homocystéine entraîne un risque.
C'est l'alimentation qui régit le taux d'homocystéine, car cette
dernière est produite par le métabolisme de la méthionine et est éliminée par les
voies métaboliques faisant appel à différents cofacteurs, dont l'acide folique, la
vitamine B6 et la vitamine B12. La présence de faibles taux de ces
vitamines est donc associée à une hyperhomocystéinémie. Les carences congénitales en
enzymes intervenant dans ces voies métaboliques de même que l'insuffisance rénale sont
des causes importantes d'hyperhomocystéinémie.
Dépistage
Le dosage sérique ou plasmatique à jeun d'homocystéine doit faire
partie des épreuves de laboratoire à réaliser chez certains patients ayant subi une
thrombo-embolie veineuse, surtout en présence de thrombose idiopathique, de thrombose
récidivante et de thrombose apparaissant à un jeune âge ou à un endroit inhabituel
(voir les lignes directrices sur l'exploration des cas d'hypercoagulabilité présumée).
Le dosage de l'homocystéine est à envisager chez les patients souffrant d'une
angiopathie.
Cela dit, le recours à l'épreuve de charge à la méthionine (qui
consiste à recueillir un échantillon veineux et à mesurer le taux d'homocystéine de 4
à 6 heures après l'administration orale de méthionine à raison de 0,1 g/kg de masse
corporelle) est moins commode, et les résultats obtenus apportent peu d'information
supplémentaire.
On doit séparer le plasma et les érythrocytes dans l'heure suivant
le prélèvement.
Traitement
Il convient d'éliminer la présence d'une carence en vitamine B12
et d'une insuffisance rénale chez tout sujet présentant une hyperhomocystéinémie.
La vitaminothérapie abaisse facilement le taux d'homocystéine chez
la plupart des patients (Homocystein Lowering Trialists Collaboration, BMJ
316:894-898, 1998), traitement qui a l'avantage d'être peu coûteux et non toxique. Reste
à savoir s'il permet une réduction de l'incidence des épisodes vasculaires ou
thrombotiques.
L'administration d'un supplément d'acide folique (0,5 à 1 mg/jour)
abaisse, dans la majorité des cas, le taux plasmatique d'homocystéine à jeun, même en
l'absence de carence en acide folique; en règle générale, les suppléments de vitamine
B6 ou B12 ne sont pas nécessaires.
L'administration de 1 mg/jour d'acide folique en présence d'une
élévation du taux d'homocystéine à jeun (> 15 µmol/L pour la plupart des
laboratoires) représente une stratégie raisonnable. Si le taux d'homocystéine demeure
élevé après 1 mois, on peut porter la dose d'acide folique à 5 mg/jour et/ou
ajouter 100 mg/jour de vitamine B6 (pyridoxine).
Diriger vers un spécialiste les patients souffrant d'une
hyperhomocystéinémie prononcée ou rebelle.
References
Boushey CJ et al., JAMA 274:1049-1057, 1995
Ray JG, Arch. Intern. Med. 158:2101-2106, 1998
Homocysteine
Lowering Trialists Collaboration, BMJ, 316:894-898, 1998
|